Le vêtement qui nous tue – Partie 1 : Les nouveaux enjeux de la mode

Le vêtement qui nous tue – Partie 1 : Les nouveaux enjeux de la mode

Ce n’est pas un scoop, ça a été dit, redit (mais jamais assez !) :  la mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde. Lecteur, le savais-tu ? Si non, ravie de te l’apprendre! Dans nos sociétés capitalistes, sociétés où la consommation est reine, et l’argent le nouveau Dieu vénéré, la mode est synonyme de luxe, d’aisance sociale. Il faut distinguer la haute couture et le prêt-à-porter : l’une est fait main et sur mesure, dans des grandes maisons de luxe, avec des matériaux dits nobles. Très prestigieuse, c’est une appellation protégée par la loi, qui doit répondre à certains critères. L’autre concerne les vêtements produits en série, avec des tailles standardisées. Il y a le prêt-à-porter de luxe, et le prêt-à-porter « grand public ». Le prêt-à-porter qui se renouvelle de plus en plus rapidement, c’est ça la fast fashion (avec ce bel anglicisme qui prouve que le capitalisme venu des US nous tient par la gorge même quand on souhaite le combattre).

Une mode capitaliste

Aujourd’hui la mode est l’un des principaux moteurs de la société de consommation qui joue avec notre désir pour le titiller à volonté sans jamais l’assouvir : la fast fashion c’est cette mode rapide, opulente, répondant à la promesse de l’abondance. Les vêtements grand public sont fabriqués à la va-vite dans les usines, conçus pour ne pas durer : c’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée. Toujours plus, toujours plus vite. Contrairement à l’époque de nos parents et de nos grands-parents, aujourd’hui, nous sommes constamment assaillis par de nouveaux objets, produits et jetés rapidement, et nous avons toujours le sentiment qu’il nous manque quelque chose, que tel ou tel objet n’est plus assez performant, plus assez neuf… Ma mère, quand elle avait mon âge, avait de source sûre deux ou trois vêtements par saison ! Des vêtements en tissu solide, de « vrais » vêtements, pourrait-on dire. À l’époque, c’était normal quand on n’était pas un grand bourgeois. Mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde focalisé sur l’apparence, sur le besoin d’une reconnaissance sociale par le physique et le style à travers la création de communautés, renforcées par l’omniprésence des réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux nous font sans cesse miroiter ce que nous n’avons pas et pourrions avoir : en ville, la publicité, les magasins partout, nous attirent et veulent nous piéger. Les gens se lassent à une vitesse incroyable. Grandit en nous ce besoin d’acheter, même des choses dont on n’a clairement pas besoin. De plus, avec les achats en ligne, nous ne sommes pas toujours sûrs de la bonne taille du vêtement, donc, si on oublie de rapporter le vêtement au magasin, ou si c’est impossible, nous gâchons. Le vêtement d’aujourd’hui, selon certains spécialistes, est de plus en plus simple, sobre, fonctionnel, banal. Pas d’identité, une masse de moutons « à la mode » qui s’agglutine dans les pires enseignes capitalistes, celles qui sont présentes dans toutes les grandes villes par-delà le monde, et qui gâchent les centre-villes en leur retirant leur identité : H&M, Zara, Pimkie, Primark, Bershka, Nike, Adidas… et tant d’autres. Des « made in China » à en donner le vertige. Nous pouvons changer ça.

Levée de rideau sur la fabrication du vêtement

Revenons à la genèse de la chaîne du vêtement, c’est à dire à sa conception, et sa création. Cette dernière puise dans les ressources naturelles : la mode a besoin d’eau, de beaucoup, beaucoup, beaucoup … beaucoup d’eau ! Ce qui aujourd’hui est enfin considéré comme un énooooooorme problème. (Le fameux blue jeans, pantalon le plus porté sur la planète, nécessite des litres et des litres d’eau pour sa création !). Sans compter le gâchis de tissus, les chutes de production, l’émission de gaz à effet de serre, le transport maritime et aérien des vêtement, les invendus qui sont jetés ou brûlés.

Mais un jour, la supercherie et la folie doivent prendre fin : et ce jour pourrait par exemple être le 24 avril 2013, considéré par certains comme le « 11 septembre de la mode ». Catastrophe : la Rana Plaza s’effondre au Bangladesh. Évidemment, Rana Plaza, ça ne parle pas à tous ces petits consommateurs occidentaux que nous sommes, car sur nos super pompes Nike dernier cri n’est pas marqué « RANA PLAZA », mais uniquement « Nike ». Pourtant ces super pompes ont été faites à la chaîne par ces ouvriers qui travaillent pour les marques internationales. Et ce jour-là, plus de 1 130 d’entre eux meurent sous les décombres de l’inévitable accident, révélant dans ces atrocités le théâtre d’un système absurde, et extrêmement dangereux. Sans parler des burn out, maltraitances et nombreuses dépressions, menant parfois au suicide, que peuvent connaître ceux qui travaillent au coeur de cette sphère folle, tous métiers confondus.

« Au niveau du grand public, il y a eu une prise de conscience avec les images du Rana Plaza »

Géraldine Viret, porte-parole de Public Eye

Consommer la mode différemment, ce n’est pas pour préserver sa santé physique, mais sa santé mentale, car actuellement c’est notre société qui devient folle, et nous avec. Et si ce n’est pas pour notre santé physique, c’est pour celle de ces millions d’individus que nous ne voyons pas, ne connaissons pas, mais qui travaillent pour nous, pour notre confort égoïste, confort qu’eux-mêmes n’ont pas et n’auront peut-être jamais. Pour en apprendre davantage sur la question, voici une petite liste non exhaustive de documentaires ou émissions inspirant(e)s : Révolte dans la mode, réalisé par Laurent Lunetta (Arte) et Cash investigation – Luxe : les dessous chocs (France 2)

De nouveaux réflexes au quotidien

Humaniser la mode devient primordial ! Comment agir à petite échelle ? À grande échelle ? Pour commencer, il y a plusieurs actions simples à effectuer, et qui devraient être des automatismes (et peuvent facilement devenir):

    • Prendre conscience de la valeur de chaque chose qu’on achète est l’un des principes les plus importants. Un vêtement, c’est du temps de travail. Considérer chaque achat, lutter contre les impulsions dictées par la société de consommation.
    • Ne pas chercher à être à la mode. « La mode se démode, le style, jamais ». Ça c’est Coco Chanel qui l’a dit, en plus.
    • Ouvrir son placard pour regarder où sont produits les vêtements que l’on possède.
    • Si un vêtement a un trou ou une tâche, songer à le recoudre, le repriser, ou à le recycler (couper, faire du patchwork, il y a plein de solutions pour lui donner une seconde vie !)
    • S’informer sur les friperies et boutiques alternatives (Emmaüs, Guérissol, toutes boutiques de seconde main…), un peu plus cher (Kilo Shop, Freep Star…).
    • Donner ses vêtements trop petits ou autres dans ce genre de boutiques pour aider les personnes en difficulté.
    • Il y a aussi les brocantes, les vide-dressings, ou des sites comme Vinted, etc.
    • Possibilité aussi de faire du troc avec des amis, de la famille…

Les créateurs qui inspirent

Parmi les nombreux grands créateurs de mode, on célèbre entre autres la Maison Margiela pour ses propositions époustouflantes en matière de recyclage, de récupération et de détournement. Ses gilets en morceaux de vaisselle, ses vestes en sandales de cuir, ses sacs faits à partir de cuissardes, ses robes en chute de tissu de jean… Les expérimentations et les possibilités de création éco-responsable de Martin Margiela sont infinies et inspirantes. Il prouve que le recyclage n’est pas nécessairement lié au vieux-jeu ou un frein à la création, et même, au contraire, qu’il permet de nouvelles inspirations et des défilés toujours plus étonnants et novateurs, proposant des vêtements gorgés d’histoire et de caractère, et je dirais même plus : des vêtements militants.

Dans une même optique, Li Xiaofeng, artiste pékinois, crée des vêtements à partir de céramique traditionnelle chinoise récupérée sur des sites archéologiques ! Il rend ainsi hommage au passé de son pays, à son Histoire, à sa richesse, à travers des créations très personnelles et carrément écolo ! Si tu souhaites en découvrir plus sur ce sujet fascinant, tu peux découvrir tout ça sur le site de cette professeure d’arts plastiques

Article par Clémence Bobillot

Illustrations par Lilia Kce

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